Le chien : qui est-il et d’où vient-il ?

Dominique Guillot, sociologue, anthropologue et historien des sciences, exerce en tant que chercheur au CNRS. Sa passion pour le chien l’a conduit à la rédaction d’un travail intitulé «Des chiens et des humains» (Le pommier, 2009).
Les deux premiers chapitres ont particulièrement retenu mon attention, l’intérêt que je porte aux origines de l’espèce humaine y étant certainement pour beaucoup, et j’ai eu envie de vous en proposer un très succinct résumé.

Jean-Marc Wurtz

 

De par leur apparence et leur patrimoine génétique, les grands singes anthropoïdes sont toujours désignés comme étant les êtres vivants les plus proches de l’homme. Mais si l’on tient compte de la capacité à vivre ensemble, en matière de proximité avec l’humain, aucun être vivant n’est capable de rivaliser avec le chien, seul animal pouvant se prévaloir de nous être aussi intimement, universellement et primitivement associé.

Cette relation est vieille comme le monde. Notre proximité affective avec canis familiaris n’est pas le fait exclusif de nos sociétés industrialisées d’aujourd’hui. «En remontant le temps, en traversant les frontières, on retrouve toujours et encore le chien».

Des sépultures de chiens ont été mises à jour par les archéologues dans les sociétés les plus anciennes du monde entier, depuis les sociétés précolombiennes d’Amérique du Sud jusqu’aux peuples de la préhistoire européenne.

 

Les origines évolutives du chien.

Longtemps débattues, les origines évolutives du chien font actuellement consensus au sein de la communauté scientifique. Il descend de populations de canidés semblables aux loups et dont ces derniers sont également issus. Cette population d’ancêtres communs aux loups et aux chiens s’est divisée en deux lignées, l’une menant au chien et l’autre au loup. Cette division est la conséquence de la mise en contact avec l’homme par le biais de la domestication. La biologie de l’évolution définit la domestication comme étant «un mécanisme par lequel une population animale devient adaptée à l’homme et à l’environnement captif au travers de changements génétiques» (Price 1984).

Cette définition permet de bien différencier la domestication de l’apprivoisement qui lui, ne s’accompagne d’aucune modification génétique.

Si l’on reprend tous les fossiles canins exhumés à ce jour, on constate que leur dispersion géographique et leur succession chronologique se superposent à celles des vagues humaines qui sont sorties d’Afrique pour coloniser tour à tour l’Europe, l’Asie puis l’Amérique. De plus, l’étude de ces fossiles objective l’acquisition progressive d’un régime omnivore, contrairement au loup strictement carnivore, prouvant clairement l’adaptation de notre futur chien aux ressources que pouvaient lui fournir les sociétés humaines. Autre détail d’importance, les restes de chiens les plus anciens connus à ce jour ont été exhumés dans des sépultures que l’homme leur avait intentionnellement confectionnées et les traces de rites funéraires consacrés aux chiens sont nombreuses.

Il est bien entendu impossible de dater avec précision le début de cette aventure. Ce qui est certain, c’est qu’elle a débuté bien avant l’apparition de l’homme moderne, homo sapiens sapiens. La domestication du chien a été initiée par nos ancêtres. Si l’on s’en tient aux méthodes de datation archéologiques, ce phénomène a débuté il y a au moins 14000 ans. C’est en effet l’âge estimé du plus vieux crâne connu de canidé, mis à jour au Moyen-Orient, qui diffère du crâne de loup et se rapproche de celui du chien actuel, notamment de par son chanfrein plus court et sa dentition resserrée. Mais lorsque l’ont fait appel aux techniques de biologie moléculaire, en particulier à l’analyse de l’ADN mitochondrial, on fait un prodigieux bond dans le temps qui nous fait remonter à une période comprise entre – 100 000 et – 50 000 ans ! Pour donner un ordre d’idée de ce que cela représente sur l’échelle du temps, rappelons que l’agriculture est apparue il y a – 9000 ans au Moyen-Orient, que les premiers troupeaux de chèvres, moutons ou porcs datent de – 8000 ans et que les premiers villages organisés de – 7000 ans. Le chat fait son entrée à l’époque de l’Egypte ancienne et les toutes premières races de chiens commencent à s’ébaucher il y a seulement 3000 ans.

Le processus de domestication a très certainement débuté dans plusieurs endroits différents, endroits qu’on suppose avoir été peu nombreux au départ. Les descendants de ces premières populations domestiques ont ensuite suivi les ancêtres de l’homme dans ses mouvements migratoires sur toute la surface du globe et se sont mélangés les uns aux autres.

Nos ancêtres qui vivaient en ces temps-là étaient bien différents de nous, tant sur le plan culturel que génétique. Plusieurs espèces distinctes d’hominidés vivaient côte à côte, une seule a survécu, les autres se sont éteintes avant – 30 000 ans. Ils maitrisaient le feu, fabriquaient des outils rudimentaires en taillant la pierre mais ne possédaient pas de langage articulé.

Parallèlement au développement de ces sociétés humaines, le chien a progressivement su s’acquitter avec succès d’un nombre croissant et diversifié de tâches. Certains n’ont pas hésité à le comparer à un «outil multifonctions particulièrement flexible type couteau suisse». Cette comparaison entre le chien, être vivant, et l’outil, objet inerte, n’est pas anodine. La domestication a façonné le chien comme la taille de la pierre a façonné la pointe de flèche. «Mais contrairement à la pointe de flèche, la domestication n’a pas eu à construire intégralement l’outil chien. Elle n’a eu qu’à infléchir et maîtriser les dispositions naturelles de l’animal pour lui trouver des fonctions utilitaires. Cette économie de moyen et d’énergie pour obtenir des résultats probants a été d’une importance fondamentale pour ces sociétés humaines ancestrales».

Cette comparaison incite cependant à penser que la domestication a été une action volontaire, planifiée et guidée par un souci utilitaire. C’est ce qu’on appelle la théorie technologique de la domestication que semble accréditer les résultats d’une étude réalisée en 1950 par le généticien russe Dmitri Belyaev. Il a utilisé des renards argentés et les a fait se reproduire entre eux en sélectionnant, à chaque génération, les individus montrant le moins de crainte et d’agressivité envers l’homme. Il souhaitait ainsi voir quels genres d’animaux seraient obtenus au fil du temps et essayer de comprendre comment s’était faite la domestication des espèces animales par l’homme. Au bout de 40 générations, les renards sélectionnés avaient acquis des traits les rapprochant des chiens : comportement d’affiliation à l’homme avec battements de queue et gémissements à son approche, léchage des mains, recourbement des queues et apparition d’oreilles tombantes, diversification des couleurs de robe, cycle de reproduction biannuel chez les femelles.

Source de nombreux débats contradictoires, cette étude a longtemps donné raison à ceux qui pensaient que «la domestication des espèces animales en général, celle du chien en particulier, était le fruit d’une démarche planifiée et consciemment guidée par des vues utilitaires».

Bien qu’encore soutenue par certains auteurs de nos jours, cette théorie technologique de la domestication se heurte à deux difficultés majeures. «La domestication a été initiée par des êtres dont la culture et l’organisation sociale traduisent une vie mentale fruste sur le plan de la rationalité instrumentale et planificatrice». En d’autres termes, comment des êtres dénués de langage articulé, vivant dans des campements sommaires et partant chasser avec des bouts de bois et des morceaux de pierre taillée auraient-ils été en mesure d’imaginer, et surtout de mener à bien, une entreprise aussi complexe, longue et laborieuse ? D’autre part, le nombre d’espèces animales domestiquées est très faible. Sur les quelques 4000 espèces de mammifères et 10 000 espèces d’oiseaux ayant vécu ces 100 000 dernières années, seules quelques dizaines ont été domestiquées, et ce n’est pas faute d’avoir essayé vainement d’en domestiquer plus.

Ainsi, la communauté scientifique a-t-elle été amenée à envisager une théorie radicalement opposée à la théorie technologique. Si la domestication ne relève pas de la volonté humaine, peut-être faut-il se tourner vers l’animal lui-même.

 

Le chien a-t-il domestiqué l’homme ?

Cette théorie, dite théorie écologique, postule que l’animal a adopté une stratégie évolutive qui lui aura permis de vivre et de se développer en étroite communauté avec l’homme.
Anthropomorphisme grossier ? Non !

«La notion que la biologie donne au terme de stratégie est bien différente et permet de donner une explication de la domestication en plaçant l’animal au cœur du processus, tout en ne lui prêtant aucune intention consciente… La stratégie est un ensemble de caractéristiques physiques ou comportementales propre à un groupe d’individus donné et implique une commande plus ou moins directe par les gènes. Ainsi, certains traits sont-ils des options biologiques, en concurrence avec d’autres options, plus avantageuses en terme de survie et de reproduction, faisant que les individus qui les possèdent ont en moyenne plus de descendants et leurs gènes se répandent plus dans la population au fil des générations».

«En se développant, l’homme a ouvert une nouvelle niche écologique constituée par l’ensemble des traits matériels et spirituels propre aux sociétés qu’il a créées : déchets, habitations, jeux, croyances…
Cette niche, appelée anthropogénique, a été colonisée par des espèces opportunistes qui se sont modifiées en conséquence et ont divergé de l’espèce dont elles sont issues, le loup pour ce qui est du chien».

La question qui se pose alors est de savoir quels furent, pour le chien, les traits qui lui procurèrent une stratégie évolutive efficace pour vivre avec nous et quels furent les attraits qu’il trouva en cette niche anthropogénique.

Pour l’éthologue Stephan Budiansky (The truth about dogs, Londres, Orion Books, 2002), les ancêtres du chien ont su exploiter certaines de nos faiblesses. «En bons primates attachés à une progéniture qui nécessite une longue période de protection, nous sommes tout disposé à éprouver tendresse et pitié pour des petits êtres patauds et sans défense qui nous regardent avec de grands yeux ronds en poussant de petits cris aigus, traits caractéristiques des chiots».

Raymond et Lorna Coppinger (A new understanding of canine origin, behavior and evolution,
University of Chicago press, 2001), proposent quant à eux le modèle du chien éboueur. Ils avaient observé de nombreuses populations de chiens errants en Amérique du Sud, en Afrique et en Asie, qui se nourrissaient pour survivre des ordures laissées par l’homme. «D’un point de vue écologique, ces chiens se comportent en véritables éboueurs et sont parfaitement adaptés à leur environnement. Ils ne montrent ni crainte ni agressivité envers l’homme, se tiennent à distance si nécessaire mais sans fuir au loin et mendient de la nourriture avec parfois un certain succès». Ils constatent par ailleurs que les villageois vivant au contact de ces chiens, bien qu’exprimant une certaine aversion à leur égard, les jugent utiles. Ils ne souhaitent ni les utiliser ni les apprivoiser, ils les tolèrent. Ces auteurs pensent que ces chiens de village sont un bon reflet de ce qui a pu se passer jadis. Au fil du temps, la sélection naturelle aura conduit à un équilibre naturel entre le chien et l’homme : «A l’ origine, il était nécessaire que les expressions et les conduites des ancêtres des chiens, semblables à celles des loups, évoluent pour passer le seuil de tolérance des humains et ne plus les effrayer. Puis une fois ce seuil franchi, un immense gisement de ressources s’ouvrait aux audacieux colons à quatre pattes sans même que l’homme y prenne garde. Par la suite, le processus de domestication a pu se renforcer de lui-même, chaque fois qu’une modification génétique allant dans le sens d’une plus grande capacité à vivre avec l’homme apparaissait, elle s’est répandue en quelques générations, sans que l’homme en aie conscience, simplement parce que, ayant accès à plus de nourriture que leurs congénères, les animaux porteurs de ces modifications eurent plus de descendance qu’eux».

Les réflexions de Budiansky et le modèle décrit par Coppinger ont sérieusement mis à mal la théorie technologique, mais il ne s’agit là que d’hypothèses dont certains ont bien soulignés les faiblesses.
D’autres modèles ont été proposés. L’éthologue Adam Miklosi les a recensés (Dog, behavior, evolution and cognition, University of Chicago press, 2007) et en a retenu quatre. Il ne les oppose pas au modèle du chien éboueur mais pense qu’ils le complètent.

Le premier modèle revient à la notion d’action volontaire de la part de l’homme, mais tardivement une fois le processus de domestication déjà bien avancé.

Le second évoque une sélection de groupe. Pour une raison ou une autre, seuls certains groupes humains, assez rares, se sont plus volontiers associés aux ancêtres du chien. Cette association leur a permis de mieux tirer parti des ressources naturelles leur permettant ainsi de supplanter les autres groupes, notamment au cours des périodes où les conditions de vie étaient difficiles.

Le troisième part du constat que la diversification de l’espèce canine s’est faite parallèlement au développement culturel et technologique de l’homme. Il suggère l’apparition, au fil du temps, d’une interaction entre les activités humaines qui se diversifient et les services rendus par les chiens qui vont en augmentant.

Le quatrième est à la fois le plus audacieux et le plus critiqué. Il postule une interaction évolutive entre l’homme et le chien source de modifications adaptatives mutuelles. Si les chiens ont acquis les traits qui les différencient du loup au travers de sa cohabitation avec l’homme, celui-ci a acquis certains traits qui le distinguent de ses ancêtres hominidés parce qu’il a su vivre avec le chien. «Par exemple, les chiens qui dans certains groupes homme-chien se sont spécialisés dans le pistage du gibier, l’ont pu grâce à la supériorité de leurs qualités olfactives, libérant en retour l’homme de la nécessité d’accomplir cette tâche et d’y adapter ses organes, notamment olfactifs. Ce faisant, la structure faciale humaine, en particulier le nez et la bouche, ont pu s’adapter à d’autres exigences, notamment la sélection d’organes permettant la production de sons vocaux organisés».

Ainsi donc, la domestication du chien, vue sous l’angle de la théorie écologique, se voit-elle être un processus multifactoriel complexe, dont chacun de ces modèles n’illustre probablement qu’une des étapes, et que les scientifiques sont encore loin d’avoir élucidé.

origines-du-chienJe ne peux m’empêcher, avant de clore ce chapitre, de quitter un instant l’ouvrage de D. Guillot et d’évoquer un sujet longtemps tabou, le rôle prépondérant qu’ont certainement joué les femmes dans ce processus de domestication, je veux parler des nourrices d’animaux. Evoqué à la fin de sa vie par le grand éthologue Konrad Lorenz, repris timidement par certains de ses élèves, cette notion a été fermement défendue par le neurobiologiste et psychiatre français Boris Cyrulnik, qui consacre sa vie à l’étude des liens qui unissent l’homme aux animaux. Il suggère que la domestication du chien est obligatoirement passée par l’allaitement de bon nombre de chiots orphelins par les femmes de nos ancêtres.
Elles permettaient ainsi non seulement à ces animaux de survivre mais de plus, favorisaient inconsciemment l’imprégnation de cette espèce naissante par l’homme. Cette pratique pouvait encore s’observer assez couramment au XXe siècle dans les populations indiennes d’Amazonie et de Mélanésie et plus sporadiquement, en Tasmanie, Australie, Océanie, Afrique et Asie du Sud-est. Elle concernait certes les chiots mais aussi les pécaris, certains singes, de petits cervidés et les agneaux. Les orphelins qui ainsi survivaient grâce au lait de ces femmes devenaient le plus souvent, dans ces sociétés, des animaux de compagnie. Il faut rappeler qu’en France, jusqu’au milieu du XIXe siècle, des femmes donnaient le sein à des chiots pour être soulagées d’une production lactée trop importante.

 

Aspects biologiques et génétiques de la domestication.

Le processus de domestication s’est accompagné de modifications anatomiques et comportementales importantes faisant que le chien actuel diffère sensiblement du loup, notamment pour ce qui est de sa conduite vis-à-vis de l’homme. Les mécanismes biologiques et génétiques qui sous-tendent ces modifications sont nombreux et complexes. Nous n’en évoquerons dans ce résumé que deux.

La sélection relâchée : Aux débuts du processus de domestication, la sélection à laquelle ont été soumis nos futurs chiens était de nature à permettre que certains des traits propres au chien ont pu apparaitre et se fixer sans qu’ils aient d’utilité particulière. Miklosi compare cette période initiale à la colonisation d’une île. «Les ancêtres du chien qui ont choisi cette niche anthropogénique, nouvelle et offrant des ressources inexploitées, ont bénéficié d’une diminution de la compétition interspécifique et intra spécifique…. Ainsi, cette sélection relâchée a-t-elle permis une augmentation nette des populations de chiens, la diversification de leurs phénotypes et l’apparition de traits non obligatoirement adaptatifs». Ces traits vont émerger puis se maintenir dans cette population non pas à cause de leur utilité, mais parce qu’ils ne sont pas handicapants pour les individus dans cette niche écologique précise. La sélection directionnelle fera son apparition bien plus tard, partiellement non intentionnelle puis intentionnelle lorsque seront ébauchées les premières races.

La sélection en mosaïque : Chiens et loups descendent d’un ancêtre commun, ancêtre dont le patrimoine génétique était commun à ces deux espèces. Le concept de mosaïque part du principe que les traits propres aux chiens sont commandés par des gènes récessifs. Ces gènes récessifs, s’ils étaient désavantageux pour leurs ancêtres et leurs cousins sauvages les loups, ne le furent plus chez les individus qui intégrèrent la niche anthropogénique. Ces gènes ont donc pu s’exprimer librement et se propager tout au long des générations de cet être qui se faisait chien. Ainsi sont apparus les traits propres au chien, lui permettant de se différentier progressivement du loup sans que les gènes en présence dans les deux espèces ne soient fondamentalement modifiés. Il faut y ajouter l’impact, assurément très important, qu’a eu la niche écologique dans laquelle s’est développé le chien.
L’expression d’un gène est, on le sait, le produit d’une interaction avec l’environnement et donc, selon l’environnement dans lequel vit un individu, l’expression de ses gènes pourra sensiblement varier. C’est très probablement le cas pour les gènes impliqués dans la synthèse des hormones influant sur le degré d’agressivité d’un individu. Autre influence de l’environnement sur l’expression des gènes de nos chiens, l’acquisition d’une grande plasticité développementale.

Ensemble, sélection relâchée et sélection en mosaïque, permettent en grande partie d’expliquer l’incroyable diversité des traits physiques et des tempéraments au sein de l’espèce canine.

 

Et pour conclure, qu’est-ce qu’un chien ?

Il n’existe pas, entre le chien et le loup, de frontière aussi nette qu’entre, par exemple, l’homme et le chimpanzé.

Il ne semble exister aucun trait morphologique propre au chien, aucun trait que l’on retrouve chez tous les chiens et qui les distinguerait de tous les loups actuels. La raison principale en est la très grande variabilité individuelle des chiens, l’une des plus étendue du règne animal. Cette étonnante diversité touche aussi bien les couleurs de robes que les formes et les mensurations.

Sur le plan physiologique et biologique, il existe des différences patentes : double oestrus annuel chez la chienne contre un seul chez la louve, manifestation d’affiliation à l’homme de la part du chien pour ne citer qu’eux.

«Mais les liens entre ces traits et les gènes qui les sous-tendent sont loin d’être simples et univoques.
Plus généralement, les mécanismes de l’évolution qui ont mené au chien sont fort complexes et indiquent que la distance génétique qui sépare l’espèce chien de l’espèce loup est bien moins grande que ne le suggèrent leurs différences phénotypiques. La possibilité d’hybridation entre chiens et loups témoigne de cette proximité génétique relativement forte».

Pourquoi alors classer ces deux animaux dans deux espèces différentes ? Parce qu’un critère les distingue nettement, l’adaptation de leurs organismes respectifs à des niches écologiques très différentes. «L’adaptation du chien à la niche anthropogénique se fait ressentir d’une manière ou d’une autre, à tous les niveaux d’intégration de l’organisme, depuis les gènes jusqu’aux traits phénotypiques, influencée principalement par l’environnement».

Synthèse et rédaction : Jean-Marc Wurtz