Influence du cycle sexuel de la chienne sur le dépistage de la dysplasie de hanche

Synthèse et rédaction Dr. Jean-Marc Wurtz.

Depuis la fin des années 1960, il est classique de croire que l’élévation du taux des œstrogènes chez la chienne pendant ses chaleurs était de nature à engendrer une fausse hyper laxité des ligaments de la hanche et donc de fausser le résultat de la radiographie de dépistage de la dysplasie de hanche. Il en est né l’idée, solidement ancrée dans bien des esprits, que ce dépistage devait être fait à distance des chaleurs afin de ne pas s’exposer à voir les hanches de sa chienne être mal cotées à tort.

Ce sujet faisait régulièrement l’objet de questions de la part de propriétaires de chiennes sans qu’une réponse claire puisse leur être apportée. Une étude américaine récente qui semble bien mettre fin au débat de façon claire.

Les chaleurs de la chienne sont caractérisées par une augmentation du taux d’œstrogènes puis par un pic de progestérone tout de suite après l’ovulation. Ces deux hormones ont une influence sur les ligaments, les muscles et les articulations. Les œstrogènes augmentent de façon inconstante et très variable d’un individu à l’autre la laxité ligamentaire. Le mécanisme principal est la rétention d’eau. Celle-ci se fait surtout sous la peau et dans les muqueuses mais peut aussi s’observer dans les structures ligamentaires qui sont alors distendues et moins fermes. L’effet d’une augmentation du taux de progestérone est plus net. L’hormone agit directement sur les fibres de collagène, principal tissu constitutif des ligaments et réduit par ailleurs le tonus et la force de contraction des muscles.

Au début des années 2000, une équipe de l’école vétérinaire de Pennsylvanie, institution où est née la méthode de dépistage précoce baptisée Pennhip, s’est penchée sur cette question. Ils se sont intéressés à un groupe de 10 chiennes qu’ils ont suivies pendant toute la durée de leur cycle sexuel. Les différentes phases du cycle on été déterminées par l’étude répétée des frottis vaginaux ainsi que des données de l’examen clinique et comportemental. Pendant la phase d’œstrus, des dosages hormonaux ont été réalisés visant à mesurer notamment les taux sanguins de 17Béta Œstradiol et de progestérone. A chaque phase du cycle, un double dépistage de dysplasie a été effectué, par radiographie standard selon le protocole classique validé par l’OFA et par mesure de l’indice de distraction selon la méthode Pennhip.

Les conclusions de cette première étude sont claires, les variations hormonales observées pendant les chaleurs ne modifient en rien le score de dysplasie que ce soit avec la méthode classique par radiographie standard ou le Pennhip.

Une seconde étude a été réalisée chez ces mêmes chiennes alors qu’elles avaient mené une grossesse à terme. Elles ont été testé après la mise bas et pendant la période allant jusqu’au sevrage de leurs chiots. Il est apparu que la période suivant immédiatement l’accouchement et toute la durée de la lactation affectait significativement les scores de dysplasie et ce, quelle que soit la méthode d’évaluation. Les hormones incriminées sont la relaxine et la prolactine, l’hormone de la lactation.

La relaxine est une hormone secrétée en fin de grossesse, principalement par les ovaires et le placenta, et dont le rôle principal est de préparer le muscle utérin aux contractions. Parallèlement, cette hormone provoque une nette baisse de consistance des ligaments de la ceinture pelvienne. Sont donc concernés ceux unissant les os du bassin entre eux, les ligaments des hanches et ceux du bas de la colonne vertébrale. Cette action est renforcée par celle de la progestérone dont le taux est élevé pendant toute la grossesse. Concernant la prolactine, son mode d’action supposé sur la laxité ligamentaire est double. La prolactine favorise la production de substances pro-inflammatoires chez des individus dont les défenses immunitaires sont affaiblies. Et surtout, tant que cette hormone est secrétée, le retour à l’équilibre entre œstrogènes et progestérone est retardé.

En guise de conclusion, les auteurs émettent les recommandations suivantes : «L’élévation des taux sanguins hormonaux au cours des chaleurs de la chienne ne modifie pas la laxité ligamentaire des hanches et n’influence donc pas l’évaluation du stade de dysplasie même selon la méthode Pennhip. Il est toutefois recommandé de ne pas procéder au dépistage de dysplasie de hanche dans les 8 semaines suivant la fin de la période de lactation ou dans les 16 semaines suivant une mise bas».

Les recommandations telles que formulées par les auteurs de cette étude ont de quoi surprendre puisqu’elles évoquent la possibilité d’effectuer le dépistage de la dysplasie de hanche chez des chiennes ayant déjà mis au monde des chiots. On va là, il est vrai, à l’encontre des bonnes pratiques en matière de reproduction canine. Il est donc opportun de rappeler les consignes en vigueur sur ce point, et qui sont depuis longtemps clairement émises par le RCF : ce dépistage doit être réalisé et interprété par le lecteur officiel du club de race avant d’envisager d’utiliser un chien pour la reproduction. Si j’ai cependant choisi de livrer ces conclusions in extenso, c’est par souci d’exhaustivité scientifique et pour satisfaire la curiosité du lecteur
Un grand merci au professeur Genevois de l’école vétérinaire de Lyon pour avoir mis ce travail à notre disposition.